D'abord les bons côtés, on a échappé (pour le moment, les propositions faites par Nicolas Sarkozy le 14 octobre vont sans
doute encore évoluer, sous les coups des lobbies pédagogistes, de certains syndicats ou de fédérations de parents d'élèves...) au lycée à la carte qui avait été un temps envisagé, avec des
modules de "découverte" pour une grande partie des disciplines, ce qui aurait eu pour conséquences la perte d'une année d'études "sérieuses" dans ces disciplines et une marche encore plus
difficile à franchir pour suivre les études après le bac. Certains pédagos fous préconisaient même de mélanger élèves de filère générale et de filières professionnelles, sans prendre en compte
les parcours et les objectifs différents des formations... rêvant, malgré l'échec patent et indubitable du collège unique, d'un lycée unique !
Néanmoins, les annonces ne laissent pas d'être inquiétantes : pas de nouveauté, pas de décision permettant à ces 80000 bacheliers qui quittent le supérieur sans
diplôme d'être capables de suivre, leur bac en poche.
On attendait des mesures capables de refaire du lycée un lieu de travail, un lieu où on serait obligé de donner le meilleur de soi pour obtenir, certes, le
baccalauréat, mais où l'on aurait, surtout, acquis de telles habitudes et techniques de travail que l'on serait capable de s'adapter aux exigences des établissements post-bac. Il aurait fallu
remettre la barre de passage de collège en lycée un peu plus haut, pour, tout simplement, ne pas laisser croire à tout un chacun qu'il est possible de réussir sans travailler. Et ce sont quelques milliers d'élèves qui, au lieu de perdre leur temps (et l'argent du contribuable) sur les bancs du lycée ne seraient pas venus grossir les rangs de ces
80000 étudiants incapables d'obtenir le moindre diplôme supérieur.
Et qu'on ne vienne pas me chanter le refrain des inégalités sociales. Oui, le pourcentage de fils d'ouvriers dans les classes posbac décroît. Pourquoi
? Parce que le collège n'est pas assez exigeant, que l'on abaisse le niveau pour mettre tout le monde au niveau des plus en difficulté, qui n'en tirent pas grand chose (c'est un euphémisme) et
qu'on abandonne donc les élèves moyens, qui, au lieu d'être tirés par le haut et vers le haut, pataugent et ne progressent pas. L'ascenseur républicain est
mort. Mais ce n'est pas la faute de ceux qui ont la chance d'avoir "des parents qui" ou "des familles que". Qu'on se le dise !
Alors, on propose des cautères à appliquer sur une jambe de bois, à moyens constants. Les élèves de seconde ont déjà des heures de module, d'aide au
travail personnel en français et en maths (4 h en tout par semaine), et on veut ajouter, à tous les niveaux, deux heures de soutien pour aider les élèves à travailler ; c'est, en fait, une
façon d'accompagner les lycéens non pas vers la réussite mais vers l'absence d'autonomie, habitués qu'ils seront à avoir en permanence une béquille, et c'est, bien sûr, deux heures de cours
de moins...
Quelle(s) discipline(s) va (vont) être touchées ???? Sur quoi rognera-t-on ??? Je crains le pire en cette société de l'utilité et de la rentabilité
immédiate ; mère culture va sans doute encore perdre quelques rejetons ! Et le gouvernement ne prendra aucune décision, laissant les
équipes de déchirer dans les établissements, jouant la carte des influences, des personnalités, de ceux qui crient plus fort que les autres... La culture commune, les programmes communs destinés
à l'ensemble d'une génération risquent bien de voler en éclats. Au moment où la mode et de l'interdisciplinarité et de l'histoire de l'art touche l'école, de
la maternelle au lycée, et oblige les enseignants de plusieurs disciplines à rogner une partie de leurs programmes déjà ambitieux pour cela, alors qu'il y a dans tous les collèges et lycée des
enseignants d'arts plastiques qui pourraient faire cela très bien et de façon cohérente, on va encore réduire le temps disponible pour le reste...
Ensuite, la suppression du redoublement, remplacé par des stages magiques de 8 ou 15 jours en été, c'est merveilleux ! On ose parler, quand même, de
réorientation, même en cours d'année. Sans doute qu'un stage magique de deux semaines permettra de récupérer les cours de trois mois... et tout cela va être extrèmement motivant pour les
flemmards aimant le lycée parce qu'il leur permet d'être au chaud et de se faire des copains !
Et puis, la mode, encore, des stages en entreprise ! Obligatoires en troisième, ils permettent aux élèves de découvrir une filière et de conforter ou infirmer une
idée d'un métier. Si on les multiplie en lycée, c'est encore du temps d'enseignement en moins !!!! Comme si le problème était l'orientation... Le problème n'est pas tant de savoir comment ça
se passe en entreprise que d'avoir les moyens d'obtenir les diplômes permettant d'aller en entreprise... Et l'on va demander aux professeurs de faire des
stages en entreprise, pour qu'ils puissent orienter en connaissance de cause !!! La preuve par neuf qu'un enseignant n'est plus un dispensateur de savoir mais un technicien éducateur/orientateur.
Que de temps perdu, que de gâchis !!!!
C'est ainsi que l'on voit de plus en plus le temps d'apprentissage se réduire comme peau de chagrin, entre les opérations de découverte des entreprises, celles de
découverte des écrits ou des films contemporains (parfois calamiteux, alors que les élèves ne connaissent pas les classiques, si nécessaires et si formateurs), le temps consacré à aider à
apprendre, celui consacré à découvrir le monde du travail (qu'ils auront toute leur vie pour découvrir, alors qu'Internet permet de connaître beaucoup de choses pour s'orienter)
....
Heureusement, il reste des lycéens bosseurs, avides de savoir, avides de comprendre, avides de culture. J'en ai rencontré. J'en rencontre tous les jours. Mais il va leur falloir de plus en plus
de vertu pour résister au milieu des incitations à faire le strict minimum, quand il ne s'agit pas de payer les copains glandeurs pour, simplement, qu'ils ne soient pas absents... Drôle d'égalité
républicaine. Drôle de façon de former les élites dont nous avons besoin...
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