On dirait que les souverains de notre temps ne cherchent qu'à faire avec les hommes des choses grandes. Je voudrais qu'ils songeassent un peu plus à faire de grands hommes ; qu'ils
attachassent moins de prix à l'oeuvre et plus à l'ouvrier, et qu'ils se souvinssent sans cesse qu'une nation ne peut rester lontemps forte quand chaque homme y est individuellement faible, et
qu'on n'a pas encore trouvé de formes sociales ni de combinaisons politiques qui puissent faire un peuple énergique en le composant de citoyens pusillanimes et mous.
A. de Tocqueville. De la Démocratie en Amérique.
Je proposerai, en 1986, un projet de loi européenne sur la libération des mouvements de capitaux.
J. Delors. Mémoires.
C'est de la libération des mouvements de capitaux que date le déséquilibre désormais écrasant, en Europe, entre le travail et la capital ; celui-ci peut désormais circuler à la vitesse de la lumière ; celui-là reste prisonnier du local. Les capitaux, à l'affût de taux de rentabilité toujours plus élevés, vont peu à peu dicter leur loi. C'est dans ce choix initial que s'enracine le vaste déménagement des industries traditionnelles des pays à hauts salaires vers les pays à bas coûts, auquel nous assistons aujourd'hui. Bien sûr, d'autres choix y contribuent : d'abord la poursuite du désarmenent tarifaire et contingentaire, ensuite l'entrée de la Chine dans l'OMC, sans qu'ait été négociée en parallèle ni clause environnementale ni clause sociale, enfin, surtout, l'imposition à l'économie européenne d'un carcan déflationniste à travers la négociation des règles de la monnaie unique.
Jean-Pierre Chevènement. La Faute de M. Monnet.
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